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Actualité

Richard Alvear - Publié le 19/04/2013

Nicolas Lamperin, profession : agent de joueurs

Chapô: 

Nicolas Lamperin est agent de joueurs dans le tennis. Une profession qu'ils ne sont que quelques uns à exercer dans l'Hexagone. Dans son écurie il compte des joueurs et joueuses aussi connu(e)s que Richard Gasquet, Gaël Monfils ou bien encore Kristina Mladenovic. Il nous parle de son métier.

Nicolas Lamperin, au 1er rang en bas à droite, à l'Open 13 de Marseille lors d'un match de Richard Gasquet - © DR
Nicolas Lamperin, au 1er rang en bas à droite, à l'Open 13 de Marseille lors d'un match de Richard Gasquet - © DR

Tennisleader : Comment vous est venue l'idée de devenir agent de joueur ?
Nicolas Lamperin : "Déjà j'ai beaucoup joué au tennis lorsque j'étais jeune mais sans avoir le niveau pour envisager une carrière pro. J'ai fait une formation commerciale et, lorsque j'étais licencié à l'AS Patton (ndlr : un club de Rennes qui a été Champion de France en 2010), j'ai fait la connaissance de Thierry Pham qui travaillait alors à la FFT et qui m'a permis de faire un stage à la DTN en 2000. Ensuite je suis parti finir mes études en Nouvelle Zélande pendant une année. Quand j'ai commencé professionnellement, j'ai travaillé pendant 2 ans chez Octagon pour m'occuper de joueurs, puis chez IMG. Enfin chez Lagardère, à partir de fin 2008. Voilà comment j'ai commencé comme agent".

TL : De quels joueurs gérez vous les intérêts ?
NL : "Actuellement je gère les intérêts de cinq joueurs : Richard Gasquet, Gaël Monfils, Kristina Mladenovic, Mathias Bourgue (ndlr : un jeune espoir Français de 19 ans)  et puis je travaille toujours avec Sébastien Grosjean".

TL : Comment définiriez- vous le rôle d'un agent de joueur ?
NL"C'est d'abord un rôle très complet qui va de la gestion des contrats du joueur avec les équipementiers (ndlr : raquette, textile, chaussures) mais aussi tous les contrats publicitaires qui peuvent se greffer à côté. On agit également sur tout ce qui est programmation sportive car les tournois sont en concurrence pour s'attacher les meilleurs joueurs. Et donc nous négocions au mieux des intérêts sportifs et financiers du joueur. Pour la programmation tout se fait six mois à l'avance environ. Maintenant un joueur du Top 30 a l'obligation de jouer un certain nombre de tournois. Enfin je traite également tous les aspects logistiques, c'est a dire la réservation de billets d'avions et nuits d'hotel mais aussi de s'assurer que les athlètes aient tout le matériel nécessaire de la part des équipementiers. C'est un travail 365 jours de l'année et je suis joignable en permanence."

TL : Quel est la partie la plus intéressante dans votre travail ?
NL"La partie négociation est très intéressante, à condition que le joueur soit "bankable" (ndlr : qu'il aie un potentiel financier et suscite l'intérêt des sponsors). Mais je dirais que le travail le plus agréable c'est de suivre le joueur dans son évolution et de construire la relation au fur et à mesure des années. Après je me déplace beaucoup, entre 15 et 20 semaines par an sur les tournois. Au final, je dirais que le plus intéressant est l'aspect humain et l'aspect négociation."

TL : Comment se recrute un joueur ?
NL"Il n'y a pas de règles. Le relationnel est fondamental et les services d'accompagnement proposés également. Dans le cas de Richard Gasquet, par exemple, il était chez IMG et, quand je suis parti, il m'a suivi chez Lagardère."

TL : Comment intervenez- vous sur le repérage des jeunes joueurs qui feront partie plus tard de votre écurie ?
NL"Dans la mesure où les joueurs ne sont pas éternels il faut effectivement en trouver de nouveaux. Maintenant le problème est que les joueurs perçent de plus en plus tard, ce qui suppose de ne pas les faire signer trop jeunes mais pas trop tard non plus car la concurrence est vive. Je vais donc sur 3 ou 4 tournois jeunes chaque année (Petits As, Orange Bowl...) et je cible des joueurs/ joueuses qui sont aux alentours de 14 ans et plus."

TL : Comment vous rémunérez- vous ?
NL : 'Difficile d'aborder ces questions mais si on travaille dans une structure il y a une partie de salaire qui est  fixe et une partie d'intéressement sur les contrats que l'on rapporte.'

TL : Mais encore ?
NL : "Non je ne peux pas en dire plus. Tout cela est confidentiel"

TL : Les athlètes participent- ils à la négociation de leur contrat avec les équipementiers ?
NL"Pas directement. Je joue le rôle d'interface entre l'équipementier et le joueur. En revanche ils ont toujours le dernier mot pour dire oui ou non. Cela dit, à un moment donné dans la négociation, le partenaire souhaite toujours voir le joueur car il faut que le courant passe entre les deux parties et que l'athlète colle bien à l'image de la marque et réciproquement".

TL : Quel est votre meilleur souvenir professionnel en tant qu'agent ?
NL"Difficile d'en détacher un car c'est un ensemble. J'ai de bons souvenirs avec tous les joueurs. Après j'ai un excellent souvenir de la première victoire de Richard (ndlr : Gasquet) contre Federer à Monte- Carlo. Ca reste un souvenir marquant. Mais j'ai aussi de bons souvenirs, par exemple, des titres en juniors de Kristina (ndlr : Mladenovic)"

TL : Et le pire ?
NL"Incontestablement c'est en mai 2009 lors de l'annonce du contrôle positif de Richard Gasquet (ndlr : Gasquet avait été contrôlé positif à la cocaïne à Miami). J'ai travaillé sur ce dossier pendant huit mois. Mais connaissant le joueur, je n'ai jamais cru à cette histoire. la preuve d'ailleurs tout cela s'est bien terminé."

TL : Comment est organisée la profession d'agent de joueurs ?
NL"Il y a seulement une vingtaine d'agents dans le monde, je dirais, qui en vivent. Car pour en vivre il faut s'occuper de joueurs forcément bien classés. La forme juridique des contrats avec les athlètes est le mandat de représentation. La durée minimale d'un contrat est varaiable. Elle peut aller d'un an à cinq ans, avec une exclusivité de représentation bien sûr. Pour exercer ce métier en France, il faut obligatoirement une licence; Ce qui n'est pas le cas à l'étranger. C'est une excellente mesure en tant que tel pour réglémenter la profession mais cela nous pénalise en termes de concurrence vis à vis de non confrères étrangers." 

TL : Vous voyez- vous faire ce métier toute votre vie ?
NL : "A priori, oui. L'essentiel est qu'il faut aimer le jeu d'abord. Après ca dépend aussi des rapports humains que l'on a avec les joueurs. S'ils sont sont bons il n'y a pas de raisons de ne pas poursuivre. D'autre part, je ne vois pas le métier changer fondamentalement dans les années à venir."

TL : Qu'est-ce qu'un bon agent de joueurs selon vous ?
NL"C'est d'abord quelqu'un de très disponible. Il faut savoir répondre aux moindres attentes du joueur. Après je dirais qu'il faut trouver le juste milieu entre les intérêts sportifs et économiques de l'athlète afin de travailler à long terme pour son bien. Connaître le jeu est bien sûr indispensable pour être crédible. Enfin savoir négocier est primordial".