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ATP

Charlotte Ezdra - Publié le 02/12/2012

Bernardes : "Nous ne favorisons aucun joueur"

Chapô: 

Nous démarrons une série où régulièrement nous vous présenterons ceux qui font aussi le tennis, même s'il ne sont pas joueurs. Pour l’inauguration de ce nouveau rendez- vous, c’est Carlos Bernardes l’un des meilleurs arbitres de chaise au monde qui nous parle de son métier. Entretien. 

L'un des meilleurs arbitres de chaise du monde, le Brésilien Carlos Bernardes, ici à Valence - © Tennisleader
L'un des meilleurs arbitres de chaise du monde, le Brésilien Carlos Bernardes, ici à Valence - © Tennisleader

Tennisleader : Comment vous est venue l’idée de devenir arbitre de chaise ?
Carlos Bernardes : «J’ai d’abord commencé ma carrière en tant que juge de ligne. Et c’est à la fin des années 90, lorsque le MIPTC (Men’s International Professional Tennis Council) s’est dissout pour devenir l’ATP que je suis retourné au Brésil pour en faire ma profession. Mais au début, je n’avais pas l’intention d’en faire mon métier. C’était plus pour découvrir ce côté-là du tennis»

TL : Et pourquoi avoir préféré devenir arbitre plutôt que joueur de tennis ?
CB : «J’étais un très mauvais joueur de tennis» (rires). 

TL : Vous avez donc joué au tennis ?
CB : «Et bien en fait, je donnais des cours. Mais c’est vraiment trop difficile de devenir joueur professionnel alors je suis entré dans le circuit en devenant arbitre ».

TL : Je suppose que ce n’est pas non plus facile d’entrer à l’ATP en tant qu’arbitre ?
CB : «Effectivement. Dans mon cas, il s’agit de 15 années de travail depuis mes débuts à l’ATP. Il y a beaucoup de personnes qui veulent entrer, mais il n’y a malheureusement pas beaucoup de places surtout pour les gros tournois du circuit ATP. Nous ne sommes pas beaucoup. Nous formons un groupe d’environ huit arbitres sur le circuit principal en tout et nous travaillons entre 30 et 35 semaines par an»

TL : Tout le monde ne peut donc pas vivre de cette profession ?
CB : «Non, pas vraiment. Nous ne sommes pas nombreux à pouvoir vivre de cela. Il y a deux ou trois groupes en tout avec l’ATP, la WTA et l’ITF, qui ont déjà leurs arbitres attitrés. Les opportunités pour pouvoir en faire son métier et en vivre sont très faibles. Il peut se présenter une occasion lorsqu'un arbitre âgé arrête»

TL : Existe-t-il une rivalité entre les arbitres comme il peut y en avoir parfois entre les joueurs ?
CB : «Non, non. Nous sommes tous amis. Il n’y a aucun problème entre nous. Nous sommes plus tranquilles. Nous n’avons pas autant de pression comme eux peuvent en avoir»

TL : Comment définiriez-vous le rôle de l’arbitre ?
CB : «Notre rôle est de faire en sorte que les règles soient bien appliquées et que le match se déroule du mieux possible pour les joueurs»

TL : En parlant de règles, en septembre dernier, il y a eu de nouvelles décisions quant au règlement du circuit comme celle de l’application du temps accordé entre chaque point. Que pensez-vous de cela ?
CB : «Ce sera un bon moyen de rendre le match un peu plus rapide. Ce sera mis en application à partir du 1er janvier prochain dès le premier tournoi. Je pense que ce sera une bonne chose pour tout le monde. Tant pour les joueurs, que pour le public ou les chaines de télévision.» 

TL : Et en ce qui concerne la nouvelle règle du let (1) ?
CB : «Il y aura d’abord un essai de trois mois sur les Challengers. Ensuite, si cela fonctionne bien, nous garderons ce système sur le circuit ATP. Encore une fois, ce changement pourrait aider à rendre le match plus rapide »

TL : Comment se déroule une année pour vous ? Pouvez-vous choisir vous même vos tournois ?
CB : «Oui. Nous pouvons faire notre propre calendrier. En fait, dès que le calendrier de l’année suivante sort, on nous l’envoie et à ce moment-là, nous choisissons les tournois que nous voulons faire. S’il y a un souci, nous sommes prévenus mais en principe, nous pouvons faire les tournois que nous avons choisis.»

TL : Il y a quelques mois, Jo-Wilfried Tsonga a déclaré que les arbitres favorisaient parfois les tout meilleurs joueurs du circuit à cause de l’influence qu’ils peuvent avoir. Quel est votre avis à ce sujet ?
CB : « (Rires) Je ne crois pas non. En plus, il fait lui-même partie des meilleurs joueurs alors je ne sais pas pourquoi il a dit cela (rires à nouveau). Non, plus sérieusement, nous ne favorisons aucun joueur. Nous appliquons les mêmes règles pour tout le monde.» 

TL : Pourriez-vous nous dire quel est votre meilleur souvenir sur le circuit à ce jour ?
CB : «Il y a bien sûr la première fois que j’ai arbitré une finale d’un Grand Chelem. C’était à l’US Open, en 2006 entre Andy Roddick et Roger Federer. Mais la plus émouvante reste celle qui s’est jouée à Wimbledon en 2011 entre Rafael Nadal et Novak Djokovic.» 

TL : Et au contraire, gardez- vous un souvenir plus amer que d’autres ?
CB : «Plus amer, non. Mais c’est vrai qu’il y a eu cette rencontre de Coupe Davis au Chili qui a été assez difficile à gérer. Je n’étais pas arbitre de chaise mais je m’occupais du bon déroulement de la compétition et à cause du temps, on a du suspendre plusieurs matches. Je pense que c’est l’une des pires sensations que l’on peut connaître en tant qu’arbitre ou superviseur.»  

TL : Dernière question. Y a-t-il un joueur plus désagréable qu’un autre sur le court ?
CB : «Ah, là je ne peux rien dire parce que nous devons les respecter et inversement (sourire).» 

(1) Rappel de la nouvelle règle du let : lorsque la balle du serveur frappera la bande du filet et qu'elle retombera à l'intérieur du carré adverse, le point sera engagé au lieu qu'une nouvelle balle soit redonnée au serveur pour servir à nouveau.

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