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Richard Alvear - Publié le 10/12/2012

Corinne Dubreuil : «Une bonne photo, c’est une histoire sans les mots»

Chapô: 

Suite de notre série sur ceux qui font aussi le tennis. Après l'arbitre de chaise Carlos Bernardès, c'est Corinne Dubreuil, l’une des meilleures photographes de tennis, et de sport en général, de sa génération qui nous parle de son métier et de la planète tennis, qu'elle sillonne depuis maintenant 22 ans. Passionnant.

Corinne Dubreuil, l'une des meilleures photographes professionnelles opérant sur les circuits ATP & WTA - © DR
Corinne Dubreuil, l'une des meilleures photographes professionnelles opérant sur les circuits ATP & WTA - © DR

Tennisleader : Comment as- tu commencé comme photographe et pourquoi le tennis ?

Corinne Dubreuil : «J’ai commencé la photo à l’âge de 11 ans grâce à mon oncle qui était passionné et qui m’a mis un appareil entre les mains. Et comme en même temps je jouais au tennis grâce à mon père (ndlr : elle a été classée 15/4), je me suis dit pourquoi ne pas faire des photos de tennis. J’ai commencé à shooter à Roland Garros à l’âge de 15 ans et c’est à partir de là que l’idée d’en faire mon métier est venue. En fait, j’ai vraiment commencé à 19 ans chez Tennis Magazine. J’y suis restée 13 ans puis je suis devenue photographe free lance et depuis je travaille pour différents supports : L’Equipe, L’Equipe Magazine, la FFT, des sponsors… . Cela fait 22 ans maintenant.»


TL : Et quelle est ton intérêt pour le tennis ?
CD :
(Enjouée) «J’adore. Quand j’étais gamine j’étais toujours fourrée au club le mercredi et le week end et j’adorais les matchs par équipe. Hélas maintenant je ne joue plus et quand je suis sur le circuit je n’ai pas le temps de jouer. J’ai dû jouer une fois en Australie, à Key Biscane et à Roland quelques fois . »

TL : Tu couvres quels tournois ?
CD :
«Les Grand Chelems systématiquement, depuis 2004. La Coupe Davis, la Fed Cup, Monte- Carlo, Bercy. Après je peux aller sur d’autres tournois mais c’est sur commande»

TL : Le domaine de la photo est assez masculin. Comment te sens- tu dans ce milieu ?
CD :
«Il y a 20 ans c’était très masculin, surtout en France, à l’inverse des EU où il y avait déjà pas mal de femmes. En France, maintenant, je dirais que nous sommes 10 à 15% sur les bancs. Avec les hommes ça se passe très bien, ils sont adorables même si leurs blagues sont un peu lourdes parfois, mais on est respectée dès lors que l’on est pro ».

TL :Quel est, selon toi, le secret d’une bonne photo en tennis ?
CD :
«Il faut d’abord bien connaitre le tennis, notamment du fait de l’anticipation. Mais aussi les joueurs, leurs habitudes et aussi leur entourage. Tout cela est indispensable. Par exemple, si le joueur gagne on sait qu’il va automatiquement se retourner vers sa box. Bien connaitre les coins et recoins d’un stade, jouer avec la lumière c’est très important aussi. C’est cette somme de petits détails qui permet de faire de meilleures photos. Et puis il y a l’œil et le sens de l’esthétique du photographe».

TL : Qu’est-ce qu’une bonne photo de tennis ?
CD :
«Je dirais que c’est une photo qui va te raconter une histoire sans que tu aies besoin de mettre le moindre mot dessus. La photo doit parler d’elle-même»

TL : Quel est ton meilleur souvenir en tant que photographe de tennis jusqu’à maintenant ?
CD :
«Mon meilleur souvenir ce n’est pas un jour ou une photo mais une aventure. C’est tout ce que j’ai pu faire autour et avec Amélie Mauresmo tout au long de sa carrière. J’ai commencé à la photographier quand elle avait 11 ans. Mais un des souvenirs les plus forts c’est lors de sa demi-finale en 1999 en Australie face à Davenport. Sur la balle de match en sa faveur, je savais que c’était une photo qui pouvait faire la couverture de Tennis Magazine et, avec l’émotion du moment, je tremblais de peur de la rater. 2006 également lorsqu’elle gagne son 1er titre en Grand Chelem à Melbourne. A son retour du court dans le couloir c’était très fort. En plus, j’ai eu la chance de la suivre jusqu’à son retour à Paris dans le cadre d’un reportage paru dans Paris- Match».

TL : Et ton pire souvenir ?
CD :
(Long silence) «On a tous nos mauvais jours mais non je ne vois pas. Ah si ! un jour je vais à Bercy pour faire les coulisses. Je shoote. Mais en fait j’avais oublié de mettre une pellicule. Celui- là je m’en souviens. Bon ça nous est tous arrivé»

TL : Quels sont les joueurs et joueuses les plus «télégéniques» ?
CD :
(Sans hésitation) «Nadal, incontestablement en numéro 1. Federer pour l’esthétique même s’il manque d’émotions. Mais il est moins «beau» à photographier car il est trop lisse. « Jo » (ndlr : Tsonga) et Monfils parce qu’avec eux il se passe toujours quelque chose. Chez les joueuses : Serena Williams car elle est très expressive et Maria Sharapova, pour son élégance et sa plastique».

TL : Quels sont les joueurs et joueuses les plus coopératifs avec toi, en dehors du court ?
CD :
«Déjà Federer et Sharapova on oublie. Ils sont tellement sollicités qu’ils refusent quasiment tout. En fait les joueurs sont plus coopératifs si c’est dans leur intérêt. Une fois qu’ils ont dit oui, ils font toujours le «truc» à fond. Je me souviens d’une fois avec Fernando Verdasco pour un calendrier il avait vraiment été très sympa et très intéressé par les photos. « Jo » c’est pareil il veut toujours voir. En revanche il y en a qui s’en fiche de connaitre le rendu des photos».

TL : Est-ce que objectivement, toi qui a joué au tennis, cela gêne le joueur lorsque vous déclenchez ?
CD :
«Non pas du tout. En fait sur le circuit, il n’y a que deux joueurs que ça ennuie : Tsonga et Murray. Au point qu’avec Tsonga c’est un vrai problème. On en parle souvent ensemble. Je me souviens une fois en Australie et à l’US Open, il avait été tellement exécrable avec nous qu’on ne pouvait plus rien faire. En fait, en discutant avec lui, il a reconnu que c’était un prétexte et que c’était son jeu qui était le vrai problème. Parfois on le taquine, on lance des rafales juste comme ça»

TL :Qu’aimes- tu le plus dans ton métier, à part la photo bien sûr ?
CD :
«J’aime avant tout rencontrer et être au contact des gens. Tu partages, tu échanges surtout lorsque tu fais du reportage et du portrait car tu es en face des personnes.»

TL : Fréquentes les joueurs/ joueuses en dehors, après le travail ?
CD :
«C’est assez rare. Je suis photographe et ils sont joueurs de tennis. Je préfère garder mes distances, je pense que c’est mieux pour le travail. La seule exception c’est Amélie Mauresmo avec qui il m’est arrivée de diner

TL :Qu’utilises- tu comme matériel ?
CD :
«J’utilise du Nikon. Sur le circuit je pars toujours avec deux boitiers. Sur l’un je vais mettre des gros téléobjectifs (Zoom 200 x 400mm) qui permettent de faire des plans serrés. Sur l’autre boitier je mets un zoom un peu plus petit. J’ai toujours 3 ou 4 optiques et 1 flash. L’ensemble de ma valise photos pèse 16 kg et le matériel 12. Je suis obligé d’aller en salle de sport pour me muscler le dos car j’ai souvent mal. Je vois même un kiné à cause de cela.»

TL : Si tu n’avais pas été photographe, qu’aurais-tu fais comme métier ?
CD :
«Professeur de sport ça m’aurait bien plu. Mais il aurait fallu que je soie meilleure à l’école (rires)»

TL : Y a t- il une question que je ne t’ai pas posée mais tu aurais aimé que je te pose ?
CD :
«Oui, celle du passage de l’argentique au numérique. Ca été positif et négatif. Positif car c’est un confort de travail pour un coût qui est moindre. Mais le problème c’est que c’est beaucoup de travail en plus. Car une fois que tu as fait tes prises de vues, tu commences ta deuxième journée avec la sélection et le légendage (éditing). Et puis maintenant beaucoup trop d’éditeurs privilégient la rapidité, du fait du numérique, à la qualité. C’est dommage ».


À découvrir :

Site Officiel de Corinne Dubreuil
Blog de Corinne Dubreuil
Galerie photos de Corinne Dubreuil sur Tennisleader : "Instantanés 2012"

1er sujet de la série : Carlos Bernardès, arbitre de chaise