-A +A
1
Coupe Davis

Richard Alvear - Publié le 20/07/2015

Une élimination et beaucoup de questions

Chapô: 

Ce n'est hélas pas encore cette année que l'équipe de France de Coupe Davis remportera le saladier d'argent; Un trophée qui échappe désormais aux Bleus depuis 2001. Et pour la 3ème fois consécutive sous le capitanat d'Arnaud Clément, la France échoue avec une manière qui laisse un gout amer entre occasions ratées, frustration et management discutable. Tentative d'analyse.

Arnaud Clément tentant de remobiliser son équipe de double samedi à Londres - C DR
Arnaud Clément tentant de remobiliser son équipe de double samedi à Londres - C DR

8 mois après la finale perdue face à la Suisse de Federer à Lille qui a fait couler beaucoup d'encre, plus sur la forme que sur le résultat final, une nouvelle fois l'équipe de France de Coupe Davis a échoué ce week-end mais cette fois-ci au stade des 1/4 de finale face à la Grande- Bretagne d'Andy Murray. Une nouvelle défaite, qui, comme les précédentes, pose beaucoup de questions dont celle, essentielle, de savoir si un jour la génération Tsonga remportera la Coupe Davis alors qu'elle a atteint la trentaine pour la plupart d'entre eux ? Rien n'est moins sûr au train où vont les choses et si une prise de conscience urgente n'est pas opérée. Cette défaite, ajoutée à celle douloureuse de 2013 (ndlr : 1/4 de finale perdu en Argentine) et 2014 (ndlr : défaite en finale face à la Suisse) signe tout autant l'échec des joueurs que celui du Capitaine Arnaud Clément, en poste depuis 2013. Une nouvelle désillusion qui en tout cas n'a guère été goutée par le Président de la FFT Jean Gachassin, à qui il reste un an de mandat, et dont la victoire en Coupe Davis est un objectif prioritaire. Probable que des décisions seront prises d'ici la fin de l'année pour repartir sur d'autres bases afin de se mettre en condition de regagner à nouveau. Bilan des chantiers à venir

Des joueurs pas assez "tueurs"

A force de se gargariser d'avoir une "équipe homogène et beaucoup de solutions de rechange", dixit Arnaud Clément, avec quatre joueurs (Simon, Tsonga, Gasquet, Monfils) faisant partie intégrante du Top 20, on en a oublié qu'avoir un leader de vestaire et dans le jeu était indispensable pour remporter ce type de compétition. On l'a encore vu ce week-end avec Andy Murray, leader incontesté et exemplaire de bout en bout, et ultra réaliste dans le money time de ses matchs, alors les Français ont flanché dans au pire des moments, notamment dans les tie-breaks. Novak Djokovic, avec la Serbie (vainqueure en 2010 vs la France), Federer et Wawrinka avec la Suisse l'an passé et, Lleyton Hewitt en 1/4 face à Kazakhstan qui a "sauvé la patrie", l'ont prouvé. Responsables en premier de ces échecs répétés, les joueurs français vont donc devoir redoubler d'efforts sur le circuit ATP pour gagner plus souvent de gros matchs, des titres et tenter de réintégrer le top 10 dont certains ont déjà fait partie.

En finir avec la République des joueurs ?

Il est clair que les joueurs sont la pierre angulaire du dispositif et que la concertation avec eux est une composante essentielle en terme de management. Pour autant, on ne peut s'empêcher de penser qu'un certain nombre de comportements sont incomptabiles avec le bon fonctionnement d'une sélection nationale. En effet, comment peut-il être toléré qu'un joueur majeur (ndlr : Gaël Monfils) puisse s'exonérer de venir en sélection au prétexte qu'il n'aime pas le gazon sachant qu'il s'était déjà fait tirer l'oreille pour jouer le 1er tour face à l'Allemagne ? De même, comment comprendre que le 1/2 finaliste de Wimbledon 2015 (ndlr : Richard Gasquet), une semaine après son excellent parcours,  ne soit pas chaud à l'idée de jouer le week-end dernier face à la Grande- Bretagne alors que le minimum aurait été de le voir aligner au moins en double pour ne pas dire lors du second simple du vendredi ? Côté Britanniques, Andy Murray, lui aussi 1/2 finaliste à Wimbledon et donc tout autant fatigué que Gasquet, s'est "donné" à 110% trois jours durant pour le résultat que l'on sait.
Probablement qu'à l'avenir, il faudra, là aussi, couper avec cette idée, qu'au moment de représenter son pays, on puisse "négocier" sa non sélection et/ ou ses matchs à jouer.

Le capitaine a t-il la carrure ?

Qui dit management, dit coach ou capitaine. Et là aussi, la part de responsabilité d'Arnaud Clément dans l'échec est grande. Des doutes, d'ailleurs, sur les capacités managériales et de leadership de son capitaine que Jean Gachassin n'a pas hésité à étaler publiquement au sortir de la défaite face aux Britanniques : «Peut-être faudra-t-il l'apport de quelqu'un qui les rende tueurs (ndlr : les joueurs) (...) "Je ne veux pas créer une zizanie mais il y a peut-être des choses à revoir". Des propos qui sonnent comme un désaveu pour Clément qui en trois ans de mandats (ndlr : en poste depuis 2013) restent sur trois échecs consécutifs dans la compétition. D'autre part, son manque de charisme, à fortiori si on le compare à de grands anciens comme Yannick Noah voire Henri Leconte, ses discours convenus au prétexte de ne pas donner d'informations aux adversaires et ses erreurs de communication répétées (ndlr : affaire de la blessure de Tsonga lors de la finale 2014, non titularisation de Gasquet face à la GB...) font que le costume est probablement trop grand pour lui. Les trois campagnes de son mandat démontrent en tout cas qu'il n'a pas su insufler l'énergie indispensable pour porter les joueurs vers la victoire. 

Résoudre le problème du double 

On le sait, le point du double est crucial en Coupe Davis pour avoir de bonnes chances de l'emporter à chaque rencontre. On l'a de nouveau vu ce week-end face à la Grande- Bretagne où ce point a tout fait basculer. Là encore les choses ne sont pas clairement tranchées depuis trop longtemps. Faut-il opter pour une paire de joueurs "non spécialistes" comme ce fut le cas dans un passé récent avec l'association Tsonga/ Gasquet, assez productive dans l'ensemble en termes de résultats ? Ou bien, au contraire, à l'instar des EU avec les frères Bryan, choisir des vrais spécialistes de la discipline avec, par exemple, les paires Benneteau/ Roger- Vasselin ou Mahut/ Herbert qui jouent ensemble toute l'année ? Une nouvelle fois, c'est la culture du compromis qui a prévalu avec un turnover incessant et, parfois, l'alignement de paires qui ne jouent jamais ensemble. Dans une discipline où les automatismes sont fondamentaux, ce n'est pas franchement la meilleure stratégie. Résultat, ce samedi la titularisation du duo Tsonga/ Mahut n'a donné, ni dans l'attitude, ni dans le jeu, le résultat escompté. Là aussi, il va être nécessaire d'opérer des choix plus clairs à l'avenir, sous peine de nouvelles déconvenues. 

Vos commentaires

excellent article malgré une orthographe toujours et encore défaillante.