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Espoirs

Septime Meunier - Publié le 06/06/2012

"J'ai un sale caractère"

Chapô: 

Clothilde de Bernardi a obtenu son ticket pour les quarts de finale du tournoi junior de Roland-Garros en dominant mercredi la qualifiée suédoise Rebecca Peterson en 1h17 (6/2 7/6(5). La plus jeune pensionnaire du CNE est la dernière Tricolore en lice.

Clothilde De Bernardi s'est qualifiée pour les quarts de finale du tournoi junior - © Tennisleader
Clothilde De Bernardi s'est qualifiée pour les quarts de finale du tournoi junior - © Tennisleader

Perfectionniste au caractère bien affirmé, Clothilde de Bernardi sait ce qu'elle veut. La Corse a du tempérament et on sent poindre le feu sous la braise en interview.  Avec cette qualification pour les quarts de finale, elle succède à Caroline Garcia éliminée à ce stade de la compétition il y a un an. Le chemin est encore long pour imiter Kristina Mladenovic sacrée en 2009 mais une chose est sûre, la native de Bastia ne lâchera rien.

Quelles réflexions t'inspire ce match ?

Je suis contente d'avoir gagné et d'être en quarts. Mais j'aurais préféré gagné autrement. Pourtant en arrivant sur le terrain, j'étais moins tendue qu'hier. J'avais déjà battue Peterson et j'étais en confiance après ma victoire en huitièmes contre une bonne joueuse. Je pensais vraiment me lâcher, finalement j'étais tendue sur le court et j'ai été breakée d'entrée. Je n'ai pas osé, j'avais les jambes un peu lourdes et j'aurais du être plus mobile. Je ne me décalais pas assez vite et ma balle partait souvent très loin. Malgré ça, j'ai fait un point gagnant et avec cette confiance je me suis libérée, j'ai gagné le premier set 6/2. Ensuite au deuxième, je mène 5/3 et je sers pour le match. Jusque-là c'était un match correct de ma part, pas incroyable mais pas non plus catastrophique.

Tu as alors été rattrapée par la pression d'une qualification en quarts toute proche ?

J'étais relâchée et en même temps tendue au fond de moi. Je me suis dit que je servais pour une place en quarts. J'ai commencé à me poser plein de questions. Parfois je m'écoute trop. Et comme en plus je m'énervais depuis le début du match...

Tu t'énerves souvent contre toi-même sur le court ?

Je ne pense pas aux bonnes choses parfois. J'écoute trop ce que me disent les gens autour. Je me focalise sur des petites choses qui me perturbent pour rien. Après au tie-break, c'était pareil, je me relâche et je fais des fautes bêtes. Ça ce sont des fautes à éliminer car elles sont non provoquées. Demain en quarts je ne pense pas que je pourrais me le permettre. J'ai eu trois balles de match et j'ai réussi sur la troisième à mon grand soulagement. J'ai eu de la chance, ma balle a touché la ligne avant qu'elle ne fasse faute ensuite.

Est-ce que tu travailles pour éliminer ce problème ?

Je travaille dessus avec Makis Chamalidis, qui intervient auprès du CNE. Il appelle ça les mots parasites. Pour ne pas être touchée, il faut que j'apprenne à passer au point suivant quoi qu'il se soit passé sur le précédent. Et ne pas commencer à parler seule, à rester sur la contrariété, parce qu'ensuite ça me fait faire plein de fautes. Après je pars dans des délires... C'est ce qui me tue à chaque fois. Il y a des matchs où ça n'arrive pas et d'autres où ça revient, c'est vraiment irrégulier.

C'est la bête qui sommeille en toi ?

J'ai un sale caractère à la base. Je ne suis pas très calme comme fille, même en dehors du court, je suis complètement hystérique (rires).

Le fait d'être la dernière junior française en course, garçons et filles confondus, va-t-il te mettre un surcroit de pression ?

Non, ça par contre pas du tout (ferme).

Qu'est-ce que ça représente de se retrouver à ce stade de la compétition ?

Je suis heureuse après deux éliminations au premier tour ici en 2009 et 2010 contre de grosses joueuses. En Grand Chelem j'avais juste atteint les huitièmes à Wimbledon en 2010.

Est-ce que tu penses que ton expérience acquise sur les tournois 10 000 $ et au-dessus a été déterminante ici ?

Oui, sur le plan mental. En juniors, il y a des filles qui lâchent assez vite. Mais sur les 10 000 et le 25 000 $, elles ne lâchent pas un point, jusqu'au bout.

Tu ne penses pas encore à la finale ?

Je ne pense qu'au quart. Si je pensais à la finale, je me dirais qu'il faut absolument gagner, et ce n'est pas ce qu'il faut faire maintenant.

Est-ce que Roland-Garros représente quelque chose de particulier pour toi ? C'est là où tu t'entraines.

Comme tous les tournois du Grand Chelem, il a une grande valeur à mes yeux. Dans ma vie, j'aimerais gagner un Grand Chelem chez les seniors, pas forcement Roland-Garros. Chez les juniors ce serait un début et je serais vraiment fière.

Tes parents ne sont pas encore montés de Corse pour venir te voir ? Vont-ils le faire maintenant ?

Non, je ne pense pas. Je n'aime pas trop quand mes parents me voient jouer. Ma grand-mère voulait venir seule mais j'ai dit non, je veux être à 100% dans mon tournoi. Ça serait de la pression supplémentaire. Par contre pour finale, si j'y suis, je les laisserais monter (rires).

Aujourd'hui c'est la Suédoise, ton adversaire, qui avait plus d'encouragements. Espères-tu un soutien plus appuyé du public ?

Non ça ne me gêne pas. Je préfère presque quand il n'y a pas trop de bruit. Le public ça ne m'aide pas plus que ça.

Vos commentaires

Quelques petites fautes d'orthographe au début de l'article, qui est d'une grande fraîcheur sinon. Merci pour cet éclairage intéressant sur la relève française (on en a bien besoin).