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La vie des clubs

Septime Meunier - Publié le 11/03/2012

"Il n'y a pas de mercenaires au TCP" (2/2)

Chapô: 

Dans la deuxième partie de l'entretien que nous avons eu avec lui, Jean-François Alcan, qui préside le TCP depuis 2004, revient entre autres sur son bilan à la tête du club, les contraintes de son statut de bénévole, sa vision des autres clubs et ses rapports mitigés avec la Fédération.

Jean-François Alcan à côté des photos des équipes premières du TCP - © Tennisleader
Jean-François Alcan à côté des photos des équipes premières du TCP - © Tennisleader

Quelle place prend votre présidence par rapport à votre activité professionnelle ?

Dans le civil j'ai une société d'organisation d'évènementiel sportif que j'ai créée il y a trois ans (Pass-Sport Events). J'ai travaillé dans le groupe Amaury pendant très longtemps, surtout dans les évènements de masse. Je concilie les deux. Quand on est président d'une association c'est du bénévolat. Mais le bénévolat d'il y a vingt, trente ans est devenu totalement différent. Gérer un club comme le TCP - même si j'ai quand même vingt salariés et un directeur - toutes les stratégies, les choix, ce qu'on insuffle, ce sont normalement des élus qui font ça. Gérer pas loin de trois millions d'euros de budget fait de nous une véritable PME. Il faut s'en rendre compte. A un moment donné il faudrait que les institutions se disent qu'un bénévole avec autant de responsabilités ça ne peut plus exister. Ce n'est pas sain au final. Moi j'ai des responsabilités énormes. S'il se passe quelque chose de grave ici, je suis responsable alors que je ne suis pas payé pour ça. Il faudrait qu'il y a ait une reconnaissance, dont il faut déterminer la nature.

Que pensez-vous du recrutement de joueurs à prix d'or engagés par certains clubs pour disputer les compétitions par équipes ?

Je n'ai absolument aucun mercenaire au TCP. Même si on a des suisses car on a une filière un peu suisse avec Yves Allegro et Marco Chiudinelli. Au départ on a pris Yves il y a cinq ans qui est devenu un fana du club. Chez les filles, on a Timea Bacsinszky  qui est arrivé cette année. Ils s'impliquent beaucoup dans le club, c'est sympa. On attend Roger (Federer, NDLR), qui est un grand copain d'Yves! (rires) Il a dit qu'il viendrait mais quand il aurait arrêté. Ce n'est pas grave, il jouera pas mal encore... La politique du club depuis longtemps c'est d'essayer de faire jouer le plus de joueurs français ou francophones dans les équipes. C'est vrai qu'on a l'avantage d'être bien situés à Paris, c'est toujours plus facile d'avoir les meilleurs Français. Dans le passé, on a eu Chesnokov. Il était 50ème mondial quand il est arrivé, il est monté 5ème et quand il jouait en équipe, il nous demandait zéro ! Les gens qui viennent ici le font avec un esprit qui les fait participer à la vie du club, non seulement en s'entrainant mais aussi en intervenant auprès des enfants. C'est important. Gilles Simon ou Julien Benneteau font le père Noël avec les enfants de l'école de tennis. Et on ne paie pas une somme colossale à ces joueurs car on leur donne des infrastructures de qualité. Il n'y a pas de mercenariat au TCP, on ne veut pas de ça.

Depuis 2004 quelle a été votre priorité ?

La première réflexion, quand j'ai pris la présidence du club, c'était de moderniser les infrastructures afin d'apporter un confort accru aux membres. Que l'on soit un petit, un moyen ou un grand club, il faut fournir aux membres des infrastructures correctes afin qu'ils puissent pratiquer leur sport favori. Il faut donc en permanence que nos courts, notre terre battue et notre GreenSet soient bons, que tout ce qui touche au tennis soit vraiment nickel. Ensuite j'ai voulu redonner une forme d'animation sportive au sein du club avec des tournois, des rencontres, des stages pour adultes, des écoles de tennis. Le reste, comme les équipes, c'est la cerise sur le gâteau. C'est le petit plus qui va nous faire de la com mais la base c'est ça. J''emmène mon petit garçon sur des tournois, et je vois des endroits où les vestiaires sont sales, les filets sont déchirés. Bien sûr on a beaucoup de moyens: on a une caractéristique, c'est qu'on fournit les balles au membres, et une serviette pour se doucher. Mais chaque club a des moyens pour faire le minimum et c'est primordial.

Y-a-t-il une rivalité forte entre vous et d'autres clubs?

Je n'aime pas parler de rivaux. Avec Primrose contre qui on a perdu la finale des derniers championnats de France masculins, il y a une rivalité, mais sur le terrain seulement. Sinon il y a une forme de concurrence: on essaie d'avoir la meilleure qualité de services pour faire venir les membres, mais à Paris il y a pas mal de demandes et donc de la place pour différents clubs. Il y a des grands clubs comme le LPR, le Stade Français. Et puis après il y a les clubs de taille plus moyenne comme le TCCS, le CAV ou  l'APSAP qui sont tout de même très bien. Moi je ne juge pas les autres clubs même si j'ai une conception de la vie d'un club et de ce qu'il faut faire.

Comment abordez-vous votre rôle désormais ?

Cela fait huit ans que je suis président donc je connais bien les rouages. Je sais que si on survit et plutôt pas mal, c'est parce qu'on s'y emploie beaucoup. Il faut être vraiment présent, toujours aller de l'avant, se moderniser, être dynamique. Le passé c'est le passé ! Quand je suis arrivé, il y avait des courts en bois au TCP. J'ai voulu y toucher, il y eu des pétitions contre. Et pourtant le bois c'était totalement obsolète avec les raquettes actuelles. On a résolu ce problème en mettant des surfaces modernes. Pour assurer le marketing, j'ai dit que c'était du bois moderne... On avait perdu beaucoup de membres, on était à 1 300, on est remonté à 2 000. Quand je suis arrivé, la moyenne d'âge était proche de 58 ans, elle est maintenant à 45 ans. J'ai recréé une vie, une famille. Pour moi c'est capital. C'est ma plus grand fierté. On était restés à l'âge de pierre du tennis et on est passés au XXIe siècle. C'est important d'avoir ouvert: aujourd'hui il y a 60% des membres qui ont moins de huit ans de présence au club.

Avez-vous un regret ?

Ce n'en est pas vraiment un, mais j'aurais bien aimé pouvoir m'étendre pour avoir plus d'infrastructures et de plus courts. J'aurais besoin d'un peu plus de courts, car je sais que je pourrais faire encore plus de choses pour les enfants, les entrainements, la formation, le loisir. Je manque de place.

Est-ce que le président du TCP a le temps de jouer au tennis ?

Oui, avec mon petit garçon. Comme j'ai mal partout maintenant, je joue moins (rires). Avant quand j'arrivais dans le parking pour aller jusqu'à mon casier m'habiller et aller sur le court je mettais entre cinq et dix minutes. Maintenant je mets entre cinquante minutes et une heure parce que ça prend du temps et il faut en plus parler aux gens. Mais c'est passionnant. Il y a beaucoup de gens qui comptent sur vous. Quand j'ai décidé d'être président, je ne l'ai pas fait pour les honneurs, ce n'est pas du tout mon truc, mais pour que le club devienne pérenne, que ce soit une vraie vitrine pour le tennis, autant du point de vue de la FFT que de la ville de Paris.