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La vie des clubs

Septime Meunier - Publié le 11/03/2012

"Le TCP, c'est une famille" (1/2)

Chapô: 

Le président du Tennis Club de Paris, Jean-François Alcan, évoque notamment dans la première partie de l'entretien qu'il nous a accordé les atouts, l'ambiance et le mode de fonctionnement de son club, ainsi que certaines des contraintes auxquelles il a du faire face.

Jean-François Alcan devant l'entrée du TCP - © Tennisleader
Jean-François Alcan devant l'entrée du TCP - © Tennisleader

Vous êtes devenu président du TCP en 2004. Comment êtes-vous arrivé à ce poste?

Moi je suis né au TCP ! (rires) Mon père jouait au TCP. Quand j'étais tout petit j'y suis entré, donc je suis vraiment un enfant du club. Je connais le club depuis cinquante ans. J'ai joué en équipe ici, j'ai tout fait ici. Au-delà d'un club, c'est une partie de ma vie. Plus sérieusement nous sommes une association loi 1901, et dans ce cadre il y a des élections qui ont lieu chez nous tous les deux ans. On élit un comité de vingt personnes renouvelables intégralement tous les quatre ans, par tranches de deux ans. Les membres du comité sont élus par les membres du clubs. Ils choisissent ensuite un président et son bureau exécutif, de neuf personnes.

Quelle est la marque de fabrique du TCP ?

Le TCP, c'est une famille. Notre accroche c'est d'ailleurs « un club pour la vie ». C'est un club familial, convivial, très spécifique, qui a une âme. D'abord parce que c'est un club mono-sport. Et on a un esprit qui perdure depuis de longues années, depuis 1895. Les vrais sportifs aiment s'y retrouver. On a beaucoup de joueurs de première série car le TCP est une sorte de petit cocon. Alors qu'ils sont tout le temps seuls sur les circuits, ici ils se retrouvent avec leurs femmes, leurs petites amies ou leurs potes. C'est ça l'esprit du club, c'est très particulier. Ça ne se voit pas forcement partout ailleurs. Des gens moins bons peuvent affronter des gens moins forts. Mais malgré tout il y a toujours un niveau de jeu qui est légèrement au-dessus de ce qu'on peut observer dans d'autres clubs.

Justement le club est associé à une histoire et des vedettes comme les Mousquetaires.

C'est vrai que le TCP, un des plus grands clubs de France, a un côté prestigieux. Mais on a une forme d'humilité qui fait que nous ce qui nous intéresse, c'est que les gens qui sont connus ou qui sont bons, lorsqu'ils arrivent au TCP, rentrent dans un moule, et ce moule c'est le sport, c'est le tennis. C'est la passion avant tout, il n'y a pas de passe-droit, il n'y a pas de faveur. Sauf les très bons qui ont le droit de jouer sur un court prioritaire bien sûr. Les gens connus n'ont aucun passe-droit, ils paient leurs cotisations comme tout le monde.

A ce propos comment fait-on pour rentrer au TCP?

On présente un dossier qu'on soumet à une commission d'admission. On dépose le dossier avec ou sans parrains, car on a minimisé ce système de parrainage. Ensuite la commission d'admission reçoit les personnes. On n'a pas de quotas, si ce n'est que quand des jeunes, des familles ou des semainiers s'en vont, on essaie de les remplacer à peu près à l'identique pour que les courts ne soient pas encombrés et que les gens puissent jouer facilement. S'il n'y a pas de quotas chez nous, malheureusement socialement c'est un peu homogène. La moyenne de la cotisation c'est 700-800 euros par an. Ce qui n'est pas foncièrement très élevé quand on voit les infrastructures du club, le rapport qualité prix. J'insiste énormément là-dessus, car c'est quelque chose de capital, on fournit un certain nombre de services. On a 2000 membres et 2000 licenciés. Ce nombre ne peut pas évoluer car on est plein, avec une liste d'attente. Le comité d'admission refuse entre 300 et 400 demandes par an.

Le TCP conserve une image de club élitiste ?

On est un club de l'Ouest parisien, c'est vrai. Et le tennis est devenu un sport plus populaire. Il y a eu une évolution globale, avec une politique visant à monter des courts un peu partout. Cette politique n'a pas été très heureuse. Car ces courts n'ont pas été très bien gérés, à la va-vite, et ça a affaiblit les clubs. Pas le mien évidemment parce qu'on est un grand club et qu'on propose des services importants mais plein de petits clubs où les gens se regroupaient pour faire de la compétition, du loisir. Cette approche a mis le tennis à la portée de tous alors que c'est un sport compliqué et technique. Il faut que les pratiquants puissent être entourés par des gens qui les conseillent. Il faut du matériel, c'est plus cher. Au foot on balance une balle au milieu, ce n'est pas pareil. Nous on a une école de tennis de 650 enfants, on l'a ouvert aux scolaires. Il y a deux cent gamins qui participent à l'école de tennis. On a aussi essayé d'aider des jeunes, qui avaient du mal et venaient de familles défavorisées.

Comment concilie-t-on au quotidien d'avoir des stars comme Tsonga et le pratiquant lambda au sein d'un même club ?

C'est l'avantage du TCP, c'est un lieu où la star, en l'occurrence Tsonga, lorsqu'elle vient elle n'est pas ennuyée. Pendant Roland-Garros il vient faire sa gym ici, il s'entraine sur les courts, il ira manger au bar mais personne ne viendra le déranger. C'est possible parce qu'on est un lieu à part. Je ne dis pas que de temps en temps un gamin ne vient pas lui demander un autographe mais il ne sera pas sollicité comme il peut l'être ailleurs. On mélange le sport et loisir. Pour cela on ménage des plages bien sûr. On a un centre de formation et le TCP est très à part pour ça, car nous parvenons  à gérer en même temps l'aspect loisir, l'aspect compétition avec un centre de formation et puis les professionnels qui évoluent dans nos équipes. C'est très rare en France, tous sports confondus. Dans notre centre de formation on a 120 gamins, entre sept et dix-huit ans, qui jouent jusqu'à cinq fois par semaine.

Concernant les compétions en club comment s'effectue la sélection ?

On a environ une trentaine d'équipes : à partir de huit-neuf ans jusqu'à plus de soixante-dix ans. Il faut être licencié au TCP et selon votre classement et le jugement du capitaine vous intégrez ou non une des équipes. Chez les anciens le classement ne veut pas toujours dire grand chose quand la personne ne joue plus depuis longtemps, mais a été d'un très bon niveau et veut revenir. Elle a forcément l'avantage.

Quels sont vos marges de manœuvre concernant le développement ?

Déjà il faut savoir une chose: nous ne sommes pas chez nous puisqu'on a un contrat d'occupation domaniale avec la ville de Paris, qui court jusqu'en 2019. On paie un loyer, on a signé un nouveau contrat de quinze ans en 2004. Auparavant on avait un contrat d'occupation de cinquante ans, et la reconduction a été dure à mener avec beaucoup de réunions pour déterminer le montant du loyer. Un autre élément important c'est que le TCP vit sur ses fonds propres parce qu'on n'a aucune subvention. On paie donc un loyer à la ville alors qu'en province peut-être que c'est elle qui nous aiderait. Ça a toujours été comme ça, peu importe la majorité politique.

Vous aimeriez bénéficier d'une subvention ?

Non, je veux seulement avoir le terrain à un prix raisonnable. La dernière fois, j'ai estimé que c'était le cas pour pouvoir faire évoluer et progresser le club.

Hypothétiquement un déménagement serait-il envisageable ?

Je ne sais pas. On s'appelle « Tennis Club de Paris », ça serait dommage qu'un des plus grands clubs de France se retrouve ailleurs ! On a déjà des contraintes ici. Quant on fait des investissements comme les deux millions d'euros que nous avons investis dans le club, on doit faire attention à ne pas dénaturer l'architecture, à ne pas enlever trop d'arbres... On a des contraintes normales comme tout locataire avec son propriétaire.