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Interview réalisée par Richard Alvear et Brice Richiero - Publié le 04/03/2013

Jean Gachassin : "Le tennis français a un nouvel état d'esprit"

Chapô: 

Réélu Président de la Fédération Française de Tennis pour un nouveau mandat de quatre ans le 16 février dernier, Jean Gachassin a reçu Tennisleader pour faire un tour d'horizon des grands dossiers en cours du tennis français et international. 1ERE PARTIE de cet entretien : le bilan de son premier mandat et ses objectifs pour les quatre années à venir. 

Jean Gachassin a été réélu le 16 février dernier pour un nouveau mandat de 4 ans à la tête de la FFT - © Tennisleader
Jean Gachassin a été réélu le 16 février dernier pour un nouveau mandat de 4 ans à la tête de la FFT - © Tennisleader

Tennisleader : Vous avez été réélu le 16 février dernier pour un second mandat de quatre ans à la présidence de la Fédération Française de Tennis (FFT), mais quel bilan tirez- vous de votre premier mandat ?

Jean Gachassin : "Déjà le choix que Roland Garros reste Porte d'Auteuil. Je crois que tout le monde du tennis a été ravi de cette décision. Ensuite il y a eu une remise à plat de l'ensemble de la politique sportive au niveau des jeunes, du tennis masculin et féminin. Après je dirais, qu'avec mon équipe, on a donné un nouvel état d'esprit au tennis Français qui est plus ouvert et plus collégial. Je crois que dorénavant il y a une transparence totale entre les élus et les permanents. Cela a été difficile à faire passer mais maintenant cela fonctionne très bien. A titre d'exemple, au niveau des permanents de la FFT, chaque trimestre tous les directeurs font des points d'activité afin que chaque salarié se sente concerné par la vie fédérale. Sur le plan sportif, j'ai juste un petit regret : j'aurais aimé que nous remportions la Coupe Davis (ndlr : défaite en finale face à la Serbie en 2010)."

TL: Vous étiez seul candidat à votre succession sous la liste "Etre sport". Comment expliquez- vous cela ?

JG :"Effectivement il y a quatre ans il y avait trois listes et cette année une seule. Franchement je n'en sais rien. Probablement que les Présidents de Ligues étaient d'accord avec ma façon d'être, de gouverner et d'agir. Je suis très proche des dirigeants et des clubs et je suis un homme de terrain. Je crois que j'ai su fédérer. C'est ma plus grande joie et fierté d'avoir tout le monde à mes côtés pour débattre et travailler pour le bien du tennis Français. Et puis j'ai voulu avec ma liste que le sport soit au coeur des débats avec le respect des valeurs et des gens."

TL : Qu'est-ce qui vous a motivé à briguer un nouveau mandat de quatre ans ?

JG : "C'est surtout le dossier de modernisation de Roland Garros. Ce serait une satisfaction de voir ce dossier aboutir et de couper le ruban comme on dit. Mais malheureusement cela va être difficile que ce soit le cas d'ici quatre ans (ndlr : la livraison complète est prévue pour 2018). Après je ne serai plus là car c'est mon dernier mandat. De même j'aimerais bien voir se concrétiser les résultats de notre nouvelle politique sportive. Et peut-être qu'un Français remporte un Grand Chelem et l'équipe de France une nouvelle Coupe Davis. Pour la Fed Cup, d'ici quatre ans, ce sera plus difficile. Nous allons également nous évertuer à améliorer le rôle des dirigeants. On a déjà bien avancé sur le plan administratif avec l'AEI (ndlr : logiciel de gestion des résultats des tournois amateurs) et ADOC (ndlr : Aide au Développement et à l'Organisation des Clubs/ système d'aide administrative). Et puis on va sortir le Web dirigeants, un intranet pour qu'ils communiquent entre eux. Enfin on va essayer d'améliorer également la communication entre la FFT et les clubs."

TL : Comment voyez-vous l'évolution du nombre de licenciés de tennis dans les prochaines années (ndlr : 1,1 million environ actuellement)

JG : "Notre objectif est de mieux fidéliser les licenciés et de rester aux alentours des 1,1 million. Nous avons environ 30% de turnover chaque saison. Pour corriger cela il nous faut améliorer la mise en contact des joueurs entre eux. Peut-être réfléchir à des tarifs préférentiels pour les nouveaux venus dans les clubs et pour les leçons au démarrage. Et développer le tennis loisir car c'est lui qui fait vivre les clubs. Il représente plus de 60% des licenciés. Nous allons associer les présidents de clubs et les entraîneurs à cette réflexion. Cela on va le réaliser pendant  mon second mandat."

TL : Pour financer le surcoût du plan de modernisation de Roland Garros (ndlr : + 21 millions), où la FFT va t-elle trouver de nouvelles ressources ?

JG : "Déjà à partir de cette année nous avons décidé d'augmenter de manière raisonnable les meilleures places de Roland Garros mais nous avons maintenu les tarifs des places dites populaires. Concernant la licence nous l'augmentons chaque année de 0,5€ et nous envisageons à partir de 2014 de rajouter 1,50€ pour financer spécifiquement le plan de modernisation. Et puis nous allons être plus vigilants sur nos dépenses, nos investissements et, probablement, rediscuter la répartition des recettes entre les ligues et la FFT. J'aimerais qu'il y ait également un réquilibrage entre les recettes émanant de Roland Garros (75%) et les autres recettes (25%) pour être plus sur un rapport 60/40."

TL : Quel bilan tirez- vous du programme de redynamisation du tennis féminin qui a été initié durant votre premier mandat, tant au niveau amateur que professionnel ?

JG : "Déjà nous avons pris une décision qui est que dans les pôles espoirs nous entraînons le même nombre de garçons et de filles. Auparavant il y avait cinq garçons pour une seule fille. On espère que ce sera payant d'ici quelques temps. Nous avons également engagé Alexandra Fusai, responsable du haut niveau féminin, et Nathalie Dechy. A l'entraînement, chez les plus petits, on va cesser de mélanger garcons et filles pour que les  "pitchounettes"  se sentent plus à l'aise. Et puis on va essayer de privilégier que ce soit plutôt des professeurs femmes qui encadrent les toutes petites. Du reste on va peut-être descendre le niveau de classement minimum à 15/4 pour les professeurs femmes car nous faisons face à une pénurie d'effectif."

TL : Concernant le plan de modernisation de Roland Garros vous avez annoncé une augmentation des coûts de 273 à 340 millions d'Euros et que le Chatrier serait recouvert par un toit rétractable pour 2018. Etes- vous toujours sur cette trajectoire ? 

JG : "Financièrement c'est définitivement cadré. Nous avons même budgété jusqu'aux ampoules. Sur le calendrier nous sommes toujours calés sur une livraison définitive en 2018. Après tout dépend des recours éventuels dont un doit être étudié très prochainement par le Tribunal Administratif de Paris (1)".

TL : Quelle(s) conclusion(s) tirez- vous de l'Affaire Régis De Camaret (2) ?

JG : "C'est vraiment une très triste affaire. Nous avons soutenu et nous soutenons toutes les plaignantes dont Isabelle Demongeot. Nous avons pris des mesures depuis un moment sur les risques qui existent. Depuis une dizaine d'années nous sensibilisons nos professeurs et nos entraîneurs à ces sujets et nous faisons un travail de prévention tant auprès des professeurs que des enfants".

TL : Vous êtes également Vice- Président de L'ITF (3), comment luttez- vous contre la fraude sur les paris sportifs et le dopage ? 

JG : "Déjà au niveau de la FFT nous consacrons environ 0,5 million d'Euros par an à la lutte contre ces fléaux du sport. Par exemple durant Roland Garros nous engageons à nos frais une vingtaine de personnes qui supervisent les matchs pour voir si le comportement des joueurs est normal et s'il n'y a pas de paris anormaux. Concernant le dopage avec l'ITF on va mettre davantage de moyens pour le dépistage. Je pense personnellement que les contrôles ne sont pas suffisants."

TL : Trouvez- vous normales les revendications des joueurs concernant une meilleure redistribution des gains générés par le tennis professionnel ?

JG : "Ce sont les grands Chelems qui vont vivre les joueurs, dont Roland Garros. Mais il faut reconnaitre que ce sont les joueurs aussi qui font le spectacle. On s'est rendus compte qu'effectivement concernant le prize money des premiers tours il fallait faire un effort. A Roland Garros on a déjà commencé l'an dernier en augmentant de manière conséquente les montants pour les perdants des premiers et seconds tours et en augmentant un peu moins les montants pour les perdants des tours suivants. Le montant pour les joueurs/ joueuses battu(e)s au premier tour est de 18 000€. Ce montant passera progressivement aux alentours de 25 000€ d'ici quelques années. Nous avons discuté avec les joueurs et mis en place un plan sur quatre ans pour procéder à cette augmentation régulièrement . Cette revalorisation me semble normale."

 

2EME PARTIE de l'entretien avec Jean GACHASSIN : Le tennis Français, côté sportif
Vendredi 8 mars sur Tennisleader.fr

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(1) L'interview a été réalisée juste avant la décision du Tribunal Administratif de Paris de demande de résiliation, sous deux mois, de la convention signée entre la Mairie de Paris et la FFT. A lire : l'extension de Roland Garros remise en cause ?

(2) Régis de Camaret, ancien entraîneur de Nathalie Tauziat, a été condamné à huit ans de prison fin novembre 2012 par la Cour d'Assises du Rhône pour "Viols et tentatives de viols sur mineures de moins de 15 ans". Il a fait appel de cette décision

(3) ITF : International Tennis Federation

 

Vos commentaires

"Je pense personnellement que les contrôles ne sont pas suffisants." Les langues se délient, enfin. Effectivement, il y a beaucoup à faire de ce côté-là. Voir par exemple un site (anglophone) très renseigné : http://tennishasasteroidproblem.blogspot.fr/