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Que sont-ils devenus ?

Sébastien Martins - Publié le 25/07/2014

Thierry Champion : "Le tennis, c'est ma vie"

Chapô: 

Thierry Champion a été un très bon joueur Français (ex-44ème ATP) qui a, notamment, disputé un 1/4 de finale à Roland-Garros et à Wimbledon. Il est aussi connu pour avoir entraîné Gaël Monfils, Paul-Henri Mathieu mais aussi Julien Benneteau. Pour Tennisleader il revient sur sa période de joueur et nous parle de son après- carrière.

Entre autres activités, Thierry Champion est désormais consultant tennis sur la chaîne BeIN Sports -  © DR
Entre autres activités, Thierry Champion est désormais consultant tennis sur la chaîne BeIN Sports - © DR

Tennisleader.fr : Quel est ton ressenti lorsque tu te retournes sur ta carrière de joueur professionnel ?
Thierry Champion :
 "C'est un petit peu loin maintenant. Deux ans après ma carrière de joueur je suis devenu entraîneur donc j'ai plus de ressenti sur ma carrière d'entraîneur. Ce qui est drôle c'est que je ne reviens jamais sur ma carrière de joueur, déjà parce que les jeunes ne m'ont pas connu en tant que joueur mais en tant qu'entraîneur et aussi parce que je ne suis pas aussi connu en tant que joueur que Yannick Noah ou Henri Leconte".

TL : Et ton ressenti sur ta carrière d'entraîneur ?
TC :
 "Je l'ai menée avec beaucoup de sérieux, d'envie mais j'ai très vite compris qu'en France je ne serais pas aidé pour devenir entraîneur. J'ai très vite compris que la Fédération (ndlr : la FFT) ne me ferait jamais confiance, l'image qu'ils avaient de moi était erronée mais je me suis accroché car j'étais motivé. Chaque joueur que j'ai pris a progressé, je me suis bien entendu avec tous mes joueurs et ça c'est toujours bien passé. Bien sûr, il faut s'adapter à chaque joueur car ils n'ont pas tous le même caractère ni les mêmes qualités. Mais je me suis toujours dit que j'allais autant apprendre de mes joueurs qu'ils apprendraient de moi".

TL : Quel est le meilleur souvenir de ta carrière de joueur ?
TC : 
"Mon meilleur souvenir c'est incontestablement lorsque je suis allé en 1/4 de finale à Roland-Garros (ndlr en 1990). Surtout que pour disputer le tournoi, j'ai dû passer par les qualifications. J'avais longtemps été blessé et j'étais retombé au classement ATP. J'ai donc demandé une wild-card, mais la Fédération me l'a refusée; Ils ont préféré en donner une à des joueurs moins bien classés que moi. J'ai failli ne pas disputer le tournoi, j'ai longtemps hésité mais mon frère et mon entraîneur ont trouvé les mots pour me motiver. Finalement j'ai décidé de le faire. J'ai survolé les qualifications et j'ai passé chaque tour jusqu'en 1/4 de finale. Ça reste de loin mon meilleur souvenir, à tous les niveaux. J'ai vu à quel point le tennis pouvait toucher les gens. J'ai reçu beaucoup de lettres très touchantes et ça m'a fait du bien. J'ai eu d'autres bons souvenirs mais celui-ci est particulier".

TL : Et le pire souvenir de ta carrière de joueur ?
TC : 
"Bien évidemment c'est ma défaite contre Sergi Bruguera à Roland-Garros (ndlr en 1993, défaite 0/6 0/6 0/6). C'est mon pire souvenir parce que j'avais toujours bien joué Porte d'Auteuil, en plus c'est au 2ème tour et il y a un concours de circonstances. J'étais blessé au coude et je n'avais pas joué pendant six mois. Je m'inscris à Roland-Garros mais je ne pensais pas vraiment le jouer et j'ai repris l'entraînement seulement quinze jours avant. Physiquement, je n'étais pas en forme, mais je n'avais plus mal (ndlr au coude). Je me suis donc dit que j'allais tenter ma chance et je parviens à passer le 1er tour. Mais face à Sergi Bruguera, avec la fatigue, je me suis vite rendu compte que la marche était infranchissable. Il faisait tout mille fois mieux que moi, il ne faisait aucune faute ... J'étais venu sur le court pour gagner comme à chaque fois et finalement je suis rapidement mené 0/6 0/3 et je ne pense qu'à une chose, c'est de retourner au vestiaire".

TL : Comment as-tu organisé ton après carrière ?
TC : 
"J’ai arrêté ma carrière sur une blessure à 31 ans. Pendant deux ans, j’ai honoré des contrats de clubs à l’étranger (ndlr en Allemagne et en Hollande) et je prenais le temps de faire ce dont j’avais envie. J’ai passé le BE (ndlr : le Brevet d'Etat), qui est nécessaire pour entraîner, puisque j’avais du temps et finalement j’ai pris goût à ça. J’ai trouvé l’ambiance sympa et du coup je me suis dit pourquoi pas entraîner. Et le premier qui m’a donné ma chance, c’est Mouratoglou, pendant un an et demi j’ai travaillé chez lui. Ça m’a permis de me faire la main, de m’aguerrir et puis ensuite j’ai eu des sollicitations donc je suis parti. Je me suis dit que j’arriverais à mieux travailler tout seul. Je voulais employer mon temps a bien travailler, à aider mes joueurs à progresser ce qui me ferait progresser par la même occasion".

TL : Qu'est ce qui t'a séduit dans l'idée de devenir consultant ?
TC : 
"Parler du tennis dans un premier temps, parce que c’est ma vie, parce que j’adore ça. J’ai débuté chez Pathé Sport, j’ai fait ça pendant trois ans tout en conciliant cette activité avec ma carrière d’entraîneur. J’ai tout de suite aimé ça. Au début, il faut trouver ses marques, mais une fois que l’on est plus à l’aise, ça permet de suivre l’actualité du tennis, de voir plein de matchs et ça me plait. J’ai dû arrêter lorsque j’entraînais Gaël Monfils, j’ai mis cette «carrière» en suspens et j’ai repris cette année (ndlr 2014) avec BeIN Sports".

TL : Tu as coaché beaucoup de joueurs dont Gaël Monfils et Julien Benneteau, quels rapports as- tu avec tes anciens joueurs ?
TC : 
"Dans l’ensemble j’ai de très bons rapports avec mes anciens joueurs. Je vois beaucoup Julien Benneteau vu qu’il habite sur Paris et qu’il est au club (ndlr Tennis Club de Paris). Il y en a que je vois moins comme Nicolas Escudé. Avec Gaël Monfils, c’est différent, je l’ai pris quand il avait 17 ans et forcément ca créé des liens donc on continue à s’appeler et il me demande des conseils de temps en temps même si il est en Suisse. En règle générale j’ai de très bons rapports avec mes anciens joueurs même si j’en ai perdu certains de vue vu que je ne suis plus sur le circuit".

TL : Quel est le joueur avec qui tu as le meilleur souvenir ?
TC : 
"C’est vraiment difficile parce que j’en ai avec tous. Mais je pense que de loin, c’est la demi-finale de Gaël Monfils à Roland-Garros (ndlr en 2006). Il était loin au classement, pas du tout attendu, il n’avait pas beaucoup de bons résultats avant le tournoi et il se retrouve à faire une demi-finale dans le tournoi le plus attendu par les Français".

TL : Quel joueur as-tu préféré entraîner ?
TC : 
"Très honnêtement tous ! Mais je pense que Gaël (ndlr : Monfils) et Paul- Henri (ndlr : Mathieu) sont les deux joueurs auxquels je me suis le plus identifié au niveau de leur style de jeu mais c’est aussi ceux à qui j’ai le plus apporté de choses. Aujourd’hui encore, quand je les regarde jouer, je sais exactement ce qu’ils vont faire dans les moments importants. C’est aussi les deux joueurs que j’ai entraînés le plus longtemps, j’ai passé cinq ans avec eux. Quand je les vois jouer, je peux anticiper plein de choses et je vois plein de phases de jeux qu’on a travaillés ensemble".

TL : Et qui aurais- tu aimé entraîner ?
TC : 
"Dans les joueurs français, hormis ceux que j’ai entraînés, ce serait Richard Gasquet. Pour plusieurs raisons, de part son style de jeu et ses origines, je pense que j’aurais pu bien m’entendre avec Richard et j’aurais pu lui apporter énormément, mentalement notamment. Pourtant c’est peut-être celui que je connais le moins bien. Je pense qu’à l’image de Gaël, Richard a les capacités pour s’installer dans le Top 5".

TL : Actuellement quelles sont tes activités professionnelles ?
TC : 
"Je travaille au tennis club de Paris (ndlr : TCP), je m’occupe de l’équipe première. On a été champions de France l’année dernière (ndlr 2013). Je m’occupe aussi du recrutement des joueurs. Ici au club, je m’occupe du centre d’entraînement avec des joueurs qui ont entre 8 et 12 ans. Et j’ai un groupe de joueurs qui ont entre 15 et 18 ans qui sont des bons joueurs du club, avec des objectifs différents; Certains espèrent encore devenir professionnel alors que pour d’autres c’est plus dans le but d’accéder à une très bonne université (ndlr : aux Etats-Unis notamment). Après il y a également mon poste de consultant à BeIN Sports que j’ai pris cette année".

TL : Si tu n'avais pas été tennisman qu'aurais- tu fait professionnellement ?
TC : 
"Je ne sais pas vraiment parce que quand j’ai arrêté ma carrière j’ai mis beaucoup de temps à me décider sur ce que je voulais faire. Travailler dans une émission sportive m’aurait plu, mais j’aurais très bien pu travailler dans l’immobilier, c’est quelque chose qui m’amuse. J’adore ça et je pense que j’aurais été très bon dans ce domaine".