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Roland Garros

Septime Meunier - Publié le 09/06/2012

Maria conquiert Paris

Chapô: 

Maria Sharapova a été intraitable devant Sara Errani en finale pour remporter son premier Roland-Garros (6/3 6/2). A nouveau numéro un mondiale dès lundi, la Russe compte désormais tous les titres du Grand Chelem à son palmarès.

Maria Sharapova n'a pas laissé passer sa chance devant Sara Errani - Sipa
Maria Sharapova n'a pas laissé passer sa chance devant Sara Errani - Sipa

Enfin, elle s'éclaire. Après 1h29 d'un match où elle fit preuve de la concentration la plus extrême, Maria Sharapova se laisse aller, toute à sa joie. La balle de match gagnée, elle s'agenouille sur la terre qu'elle vient de dompter, bras et jambes joints, mais ce n'est pas d'une prière dont il s'agit, plutôt d'une prise de conscience suivie d'une célébration. Une fois relevée, elle saute sur elle-même, rayonnante. Elle est bien la lauréate des Internationaux de France de tennis 2012 après avoir surclassé Sara Errani (6/3 6/2), elle qui devint l'ultra-favorite en cours de tournoi devant les échecs successifs de ses rivales. "C'est  irréel, c'est le moment le plus extraordinaire que je n'ai jamais vécu dans ma carrière. Je n'ai jamais pensé que je pourrais vivre cela. Quand j'ai gagné Wimbledon, à 17 ans, j'ai pensé que ce serait le plus beau moment de toute ma carrière, et quand je suis tombée sur les genoux aujourd'hui, je me suis rendu compte à quel point cette occasion était spéciale, même au-delà de cela", a expliqué la Russe. Errani, invitée surprise en finale, n'a pu que constater sa détermination. Menée 0/4 après 14 minutes, l'Italienne faisait face à deux bourrasques distinctes, celle du vent et celle de la Russe. "J'étais fébrile, en tout cas au début. Le court était plein à craquer. Les premiers échanges étaient vraiment en sa faveur. Et puis, ses services étaient bon également". La clé du match ce fut sans aucun doute en effet le service. Alors que Sharapova a constamment sorti des premières aux alentours de 175 km/h (avec les quelque double fautes induites par la prise de risque), Errani ne dépassait que rarement les 140 km/h. Surtout ses deuxièmes régulièrement mesurées à 110 km/h permettaient à son adversaire de la pilonner au retour, et Sharapova ne s'en privait pas. "Je sais que mon service n'est certainement pas mon meilleur coup. Je travaille toujours dessus. Mais je n'arriverai sans doute pas à servir comme Maria ou d'autres joueuses qui sont les meilleures au monde. Je dois vivre avec cela, essayer de m'améliorer, d'aller le plus loin possible", a déclaré Errani après la finale.

Errani doit plier

Celle-ci, très résolue depuis la ligne de fond de court, se souvint sans doute qu'en finale du dernier Open d'Autralie elle mena 3/0 contre Azarenka avant d'encaisser douze jeux d'affilée. Mais l'ocre parisien n'allait pas trahir la favorite. "Je me suis beaucoup améliorée physiquement. J'ai un bien meilleur déplacement, je me sens beaucoup plus à l'aise, pas simplement cette année, l'année dernière déjà, et l'année encore avant, j'ai  commencé à croire que je pouvais jouer des échanges plus longs, que je pouvais récupérer plus rapidement", a-t-elle confié au sujet de sa préparation spécifique sur terre. La Bolognaise refaisait bien un peu surface dans le premier set mais ce sont plus les erreurs de la numéro deux mondiale qui lui permirent de prendre une fois son service. Les échanges duraient plus longtemps, Errani remportant les plus longs mais elle ne put éviter la perte de la première manche en 36 minutes. On ne voyait pas dès lors comment elle pourrait renverser la tendance, d'autant plus que la dernière finale en trois sets chez les femmes remonte à 2001, entre Jennifer Capriati et Kim Clijsters. Le second set repartit sur les mêmes bases alors que le ciel se faisait de plus en plus sombre. Sharapova breakait d'entrée sur un jeu blanc. Plus que contre la Transalpine, on avait le sentiment que la Sibérienne se battait contre des démons de son passé. Elle ne déviait à aucun moment de son but, refusant de rentrer dans le court même quand elle en avait la possibilité. Les rares fois où elle y fit des incursions ce fut sur des amorties, souvent gagnants, de l'Italienne.

Maria parmi les grandes

Cette dernière a beaucoup souffert à l'inverse des accélérations de revers long de ligne de la Russe. "Elle a été très constante. Pour moi, c'était difficile de gagner des points ou de jouer les balles que je voulais. Je n'ai pas réussi à jouer le jeu que j'avais décidé de mettre en place", a regretté Errani. A 2/1 Sharapova confirmait avec difficulté son break. Elle menait ensuite 4/1 en s'emparant encore facilement du service adverse. On sentait qu'elle voulait en finir au plus vite alors que la pluie menaçait. Elle continuait de dicter le rythme des échanges. Gauche-droite, droite-gauche, Errani a couvert énormement de terrain cet après-midi, réussisant parfois par sa défense héroique à provoquer des fautes directes en face, mais pas suffisamment pour faire douter la Russe. Après avoir perdu son service, elle refaisait immédiatement un break à 4/2. Et sur sa troisième balle de match, elle pouvait exulter. La Coupe Suzanne-Lenglen était enfin sienne, à sa dixième participation. Sharapova réalise donc le Grand Chelem en carrière à 25 ans. Son opération de l'épaule droite qui avait un temps menacé la suite même de sa carrière n'est plus qu'un lointain souvenir. Après une éclipe se quatre ans, elle redevient le soleil de la WTA, en occupant dès lundi la première place du classement. Le reste de sa saison à commencer par Wimbledon dans 15 jours s'annonce grandiose. "J'ai prouvé que même si j'ai pris beaucoup de coups dans ma carrière, je me suis toujours relevée sans chercher d'excuses. Je me suis toujours fiée à mon propre talent et à mon staff. J'adore mon travail, j'adore mon boulot, je l'ai toujours dit, j'adore jouer au tennis. J'ai eu des bas dans ma carrière, j'aurais très bien pu dire : «Ça va ! Je suis célèbre, j'ai de l'argent, j'ai gagné des tournois du Grand Chelem, j'arrête»", a-t-elle rappelé. "Mais quand vous aimez quelque chose, vous vous levez le matin, et même si ça gèle dehors, que vous savez que vous allez vivre une journée difficile où rien ne va fonctionner, même si ce jour-là vous  n'avez pas vraiment la foi, que vous vous sentez toute petite, il suffit de ne pas écouter ces petites voix, et on peut alors faire de très grandes choses", a expliqué la Russe. Avec ce triomphe, elle répond de manière définitive aux critiques qui lui reprochaient souvent d'être plus centrée sur sa carrière de modèle photo que de tenniswoman. Quant à Errani, elle n'a pas démérité, elle s'est battue avec ses armes mais celles-ci n'étaient pas suffisantes, loin de là. Cette Maria-là tutoie désormais les Martina Navratilova, Chris Evert et autres Steffi Graf.

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Bravo à Masha qui rentre dans l'histoire!