-A +A
3
Santé

Olivier Terpraut - Publié le 10/03/2012

Guérir une entorse de la cheville

Chapô: 

L’entorse de la cheville est une des pathologies les plus fréquentes du tennis et touche le système locomoteur. Le kinésithérapeute Olivier Terpraut nous décrit le protocole qu’il convient de respecter pour ce type de blessure.

Caroline Wozniacki se tordant la cheville à Charleston en 2010 - Sipa
Caroline Wozniacki se tordant la cheville à Charleston en 2010 - Sipa

L'entorse de la cheville se produit principalement dans deux ou trois cas particuliers: soit une fatigue musculaire qui affecte les haubans musculaires soutenant la cheville avec les ligaments, soit un mauvais équipement, soit un blocage du pied sur une glissade, par exemple sur terre battue.

Il y a trois types d'entorses de cheville :

- bénigne
- moyenne
- grave

Que faire immédiatement après une entorse de cheville ?

Olivier Terpraut est kinésithérapeute depuis 23 ans. Il a travaillé une dizaine d'années avec les équipes de jeunes de la fédération française de hockey sur gazon et connait très bien les pathologies liées au tennis


Trois actions doivent être mises en place. Il faut glacer et compresser pour éviter que l'hématome ne se développe, essayer d'élever le membre pour drainer afin que le sang ne s'accumule pas, et arrêter immédiatement de jouer.

Le traitement est au départ antalgique (paracétamol). On donne rarement des anticoagulants parce que la marche est maintenue, il y a donc peu de risques de phlébites.

Une radio est quasiment nécessaire

Systématiquement selon moi il faut faire un premier bilan radio pour écarter tout risque d'arrachements osseux, une complication fréquente.

Quelques astuces pour vérifier soi-même s'il y fracture ou non:

- Essayer de tapoter la partie osseuse de la malléole. Par résonance si on a un trait de fracture il se mettra en vibration et il sera douloureux.
- Utiliser un métronome, on le prend et on le met en vibration en l'appliquant sur la malléole, et si il y a le moindre trait de fracture cela accentue la douleur.

Attendre pour affiner le diagnostic

Après la blessure on immobilise la cheville à l'aide soit d'un strapping soit d'une orthèse gonflable. On regarde ensuite l'évolution dans les trois jours. Au bout de cette période on va s'orienter vers deux types de pathologie soit une entorse bénigne soit une entorse plus grave :

- L'entorse bénigne : elle requiert un simple strapping de soutien et une reprise progressive de l'activité sportive avec renforcement musculaire, ce qu'on appelle la rééducation proprioceptive, sur des plateaux d'équilibre à un degré de liberté avant/arrière ou sur des boules sphériques.
- L'entorse grave : il y a recrudescence des douleurs au bout de trois jours quand l'œdème a diminué. Soit il y a une fracture qui n'a pas été vue au premier cliché. Dans ce cas il y a une immobilisation plus importante et un délai plus long de récupération, qu'on peut estimer entre trois et six semaines pour une entorse moyenne, avec une reprise progressive. Soit elle est purement ligamentaire mais elle est alors souvent associée à une lésion musculaire.

La chirurgie est nécessaire dans de rares cas. On la préconise quand il y a une instabilité complète d'emblée et que la lésion est tellement importante que l'immobilisation ne suffira pas à la cicatrisation, ou en cas d'entorse récidivante provoquée par une laxité permanente. On peut citer à titre d'exemple la fameuse entorse de Michael Stich. Après son opération, il est revenu huit mois plus tard sur les courts.

Rééducation et reprise

La reprise de l'activité tennistique va se faire en parallèle avec la rééducation. On suit les capacités de la cheville à recevoir de nouveau des contraintes. Au départ ça se fait en massage, drainage, renforcement manuel, contre-résistance, travail des amplitudes articulaires puis travail en charge. Ensuite on travaille les sauts, sur lesquels on vérifie qu'il y a une bonne symétrie de l'impulsion et de la réception. La cheville va se remettre à gonfler et être douloureuse si on force trop sur une cheville que ce soit une reprise prématurée ou une rééducation trop intensive. Le kiné est source de conseil concernant le timing de la récupération, difficile à estimer selon le passé du sportif. L'entorse répétée provoque en effet une hyperlaxité, une instabilité chronique.

Eviter la rechute

Quelqu'un a déjà connu l'entorse ou qui veut simplement préparer une saison de tennis a tout intérêt à essayer de stimuler à nouveau son système de maintien de l'équilibre en réalisant des exercices simples: équilibres sur une jambe yeux fermés, exercices de sauts sur jeu de la marelle. Ce travail doit être associé à un bon échauffement, responsable de la remise en température du muscle et surtout de la mise en vigilance des récepteurs articulaires qui sont garants d'une bonne proprioception, c'est-à-dire d'une bonne capacité de la cheville à savoir dans quelle position elle est.

Personnellement je suis contre la chevillère sauf quand elle est utilisée avec parcimonie lors d'une activité un peu plus intense. Le footing de récupération doit s'effectuer sans, ce qui permet de stimuler tous les muscles de maintien de la cheville et de ne pas les rendre paresseux. Le strapping est moins confortable qu'une chevillère mais c'est tout l'intérêt. Dès que la cheville va un peu partir, l'Elastoplast de par sa position collée sur la peau va augmenter l'information des récepteurs.

Vos commentaires

L'entorse, un des aléas du tennis...
"- Utiliser un métronome, on le prend et ..." Je pense qu'il a voulu dire un diapason !? En effet un métronome ne vibre pas mais fait tic,tac,ti, tac ...: c'est l'utilisation d'un diapason suffisamment gros (spécifique en médecine pour sa puissance) qui permettra de stimuler le foyer de fracture éventuel.
"...je suis contre la chevillère sauf..." Perso j'ai eu 2 entorses moyenne à 3 mois d'intervalles (gros gonflement ++) J'ai repris le tennis assez rapidement (3 semaines) puis rapidement à fond, sauf que j'ai mis de très grosses chevillières très serrées tout le temps sur le court puis une 2eme pour l'autre entorse Bref je me suis sentit longtemps fragile (pas à la course à pied ni au vélo 2 à 3 /semaines) ...et un matin (9 mois après) je n'ai plus eu envie de ce rituel fastidieux.et ce fut OK..Depuis plus rien, pas de souffrance aux changements de temps...et j'ai + de 55.