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Mental

Brice Richiero - Publié le 30/10/2015

Avoir la bonne attitude sur le court (1/2)

Chapô: 

Quelles sont les différences entre une bonne et une mauvaise attitude ? Quelles en sont les conséquences ? Dans cette 1ère partie, notre consultant, Makis Chamalidis, nous parle du rôle déterminant de l’attitude chez le joueur de tennis en situation de match.

Un "langage" du corps négatif est l'un des principaux signes d'une attitude inadéquate en compétition - © Ph. Montigny
Un "langage" du corps négatif est l'un des principaux signes d'une attitude inadéquate en compétition - © Ph. Montigny

Tennisleader : Qu’est-ce qu’avoir une bonne attitude lorsque l’on joue un match de tennis en compétition ?

Makis Chamalidis : "Le tennis est un sport avec beaucoup de moments de frustrations. Avoir une bonne attitude est loin d’être facile, souvent cela demande un effort pour ne pas perdre ses moyens. La bonne attitude est de savoir prendre ses distances par rapport à des évènements qui sont prétextes à se plaindre et à trouver des excuses comme des erreurs d'arbitrage,  un climat compliqué, la qualité des balles, le jeu de l'adversaire... C’est surtout ne pas s’attacher à toutes ces choses qui ne dépendent pas de moi et qui peuvent me perturber, me faire douter afin de rester dans mon match. Le joueur peut apprendre à se détacher des enjeux pour prendre du recul et retrouver du plaisir sans avoir la peur du regard des autres, de mal faire, de décevoir. En résumé, garder cette forme d'insouciance et privilégier le côté ludique du tennis ce qui permettra d'être plus léger, plus spontané, plus créatif et plus intuitif lors des matchs."

TL : Et, à l’inverse, avoir une mauvaise attitude, comment cela se concrétise t-il  ?

Psychologue du sport, Makis Chamalidis a travaillé depuis 1994 avec plus de 300 sportifs et entraîneurs de haut niveau dans une vingtaine de discipline sportives en France et à l’étranger. Rattaché depuis 1997 au Centre National d’Entraînement à Roland Garros, il est aussi l’auteur du livre "Splendeurs et misères des champions".


MC : "Avoir une mauvaise attitude avant un match cela commence souvent déjà par ne rien avoir préparé, d'y aller les mains dans les poches et d'être surpris lorsque les évènements surviennent. Ne pas donner de sens à ce que l'on fait avant le début du match peut être fatal, à l'image de l'échauffement. Ce n'est pas parce que je me suis bien échauffé physiquement que je serai bien échauffé mentalement. Certains mettent dix minutes pour rentrer dans leur rencontre mais ce réveil peut être fait bien auparavant. Et pendant le match, chercher des prétextes pour justifier sa performance c’est avoir une mauvaise attitude. Donc quelqu’un qui n’a rien prévu pour gérer ses émotions et pour être patient pendant et entre les points ne parviendra pas à être régulier pendant un match mais aussi durant toute la saison."

TL : Les joueurs sont- ils dotés d'une bonne ou une mauvaise attitude avant même de commencer la compétition ?

MC : "Je pense avant tout à Federer qui a montré qu'on ne naît pas champion parce qu'il est passé d'un joueur hystérique à un joueur serein au fur et à mesure de sa carrière. Donc cela veut dire que l'attitude se travaille. Maintenant, il y a forcément des joueurs qui, par leur nature, sont calmes même s'il y a tout de même un grand décalage entre une personne dans sa vie de tous les jours et lorsqu'elle est sur le terrain. La gestion des émotions est donc un élément important car il faut déjà se comprendre soi-même, trouver son style, son identité, connaître ses points forts et ses points faibles. Quelqu'un qui a réfléchi sur cela, soit seul, soit avec son entraîneur, aura plus de repères durant les matches et sera plus difficile à déstabiliser. La bonne attitude n'est pas d'être gentil mais c'est surtout d'avoir le sentiment d'être authentique et de défendre son jeu, son style, son identité... De nombreux joueurs n'ont pas cette réflexion car ils pensent pouvoir régler leurs problèmes seulement avec leur talent, leur expérience et leur intuition. Certains réalisent en fin de carrière que cela ne suffit pas, d'autres le comprennent beaucoup plus tôt. Mais ceux qui ont le réflexe de se poser ces questions sur eux- mêmes sont dotés d'une maturité intellectuelle. Ceux qui ne le font pas sont soit paresseux, soit ils n'y pensent pas, soit ils n'ont tout simplement pas les ressources psychologiques pour le faire."

TL : L’entourage (coach, amis, parents pour les jeunes joueurs…) influe t-il sur l’attitude du joueur ?

MC : "L'attitude de l'entourage peut également être primordiale car, bien souvent, les joueurs passent leur temps à s'occuper et à interpréter ce qui se passe autour du court notamment les faits et gestes de leur famille, amis, entraîneurs ou autres. Il faut donc mettre les choses au point entre l'entourage et le joueur avant le match comme, par exemple, un père qui devra s'absenter quelques minutes pour téléphoner et qui ne pourra donc plus porter attention au match de son fils. Si ce dernier est au courant de la raison de cette absence, il ne se posera donc plus de question sur le court et restera dans son jeu. Mais encore une fois, le joueur doit savoir prendre ses distances par rapport à son entourage et ne pas se trouver d'excuses en rapport avec ce qui se passe en dehors du terrain. Un équilibre est donc à trouver entre l'attitude du joueur et de son entourage. Si tout le monde regarde dans la même direction, le joueur a trois fois plus de chances d'avoir une bonne attitude."

TL : Un «langage du corps» trop prononcé du joueur, qui montre des signaux négatifs à l'adversaire, peut-il être rédhibitoire ?

MC : "Le langage du corps négatif, les jets de raquette, les épaules rentrées, peuvent permettre de communiquer son désespoir et donner du courage à son adversaire. Lorsqu'un joueur est en match, il n'est pas là pour s'autocritiquer. Donc ce n’est pas forcément rédhibitoire mais ça n’aide pas, c’est sûr."

TL : Comment expliquer que certains joueurs professionnels, ou amateurs du reste, s'appuient sur leur énervement pour retrouver une bonne dynamique ?

MC : "Certains joueurs professionnels semblent se servir de leur mauvaise attitude pour se rebooster car ils parviennent à se remobiliser très rapidement. D'autres ont besoin de se sentir un peu victime, comme s'appuyer sur une injustice d'arbitrage, afin de puiser de l'énergie pour rebondir. Mais peu sont, tout de même, capables de faire cela. Un joueur peut avoir le droit d'évacuer sa frustration durant quelques secondes à condition de se reconcentrer dans la foulée. Il faut savoir compartimenter les choses car très peu de joueurs ont la capacité de rester zen du premier au dernier point. Trouver sa routine, prendre le temps de souffler, de s'aérer la tête en puisant, par exemple, de l'énergie vers son clan. Chacun à sa méthode."

TL : Pourquoi l'aspect mental lié à l’attitude est-il si négligé par l’encadrement chez les joueurs amateurs ?

MC : "L'entraîneur est le premier intervenir sur l'aspect mental de son joueur mais peu ont été formés pour cela. Néanmoins, ils sont de plus en plus nombreux à s'y intéresser et à se tourner vers une formation basée sur la psychologie. Mais il y a encore des réticences car le mental est beaucoup plus abstrait que le physique. Les joueurs et les familles commencent également à vouloir s'attacher les services d'un préparateur mental pour leur apporter des outils supplémentaires."