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Physique

Vincent Lamarque - Publié le 22/04/2012

Les exigences du très haut niveau

Chapô: 

Le joueur professionnel évolue toute l'année dans un carcan qui limite drastiquement ses possibilités en terme d'augmentation des capacités physiques.
 

Andy Murray s'entraine sous les yeux de Jez Green, un de ses préparateurs - Sipa
Andy Murray s'entraine sous les yeux de Jez Green, un de ses préparateurs - Sipa

Pour l'entraineur, suivre un ou deux joueurs sur le circuit n'a absolument rien à voir avec le rythme de travail en club, avec des groupes d'une dizaine de jeunes par créneau horaire d'une heure et demie, deux fois par semaine. Ce sont deux logiques complètement différentes, presque deux métiers différents. Dans le contenu de la séance, il y a des points communs mais en revanche tout la dimension humaine et relationnelle qu'il y a avec les joueurs de haut niveau n'existe pas du tout en club, où on est dans un rapport adulte-enfant. Pendant les deux-trois années où je vivais avec des pros, je les voyais quasiment plus que ma femme. La préparation physique des joueurs de tennis pro, sur le circuit ATP, vise rarement un réel développement des qualités énergétiques ou musculaires mais plus souvent à jouer un rôle préventif, d’entretien des qualités physiques. L'approche n'est pas du tout la même. Le joueur ne doit surtout pas être blessé, et il faut qu'il soit toujours en forme le jour J. Voilà les deux priorités, qui sont deux contraintes lourdes pour nous.

Vincent Lamarque est le préparateur physique du Lagardère Paris Racing. Il a travaillé notamment sur le circuit WTA avec des joueuses comme Mandy Minella, Aravane Rezai et Alizé Lim.

Les contraintes du calendrier

Au départ j’ai réellement pensé que je trouverais les mots pour convaincre ou que j’aurais le temps de développer significativement certaines qualités physiques. Mais à 27 ou 28 ans, les priorités de travail sont la récupération et l’optimisation de la performance avant, pendant  et après l’effort quotidiennement plutôt que le risque d’augmenter encore les charges d’entraînement au risque d’abîmer leur corps, leur outil de travail, leur gagne pain. Ce sont des joueurs qui la plupart du temps ont des corps déjà bien usés. Le médical prend le dessus en permanence. Prévention et récupération sont les maitre-mots, pas le développement. C'est normal en réalité. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas néanmoins des périodes dans l'année ou on va les faire travailler, essayer de développer certains points. Il y a quelques phases - on s'accroche avec eux pour trouver ces moments - où on va poser la raquette, faire moins de compétition et tenter de mettre un peu l'accent sur le physique. Mais ce n'est pas facile parce que c'est leur métier. Ils ont des obligations, une programmation de tournois et un calendrier hyper chargés qu'on leur impose le plus souvent, donc ils ne peuvent pas faire ce qu'ils veulent. Ce sont des données que je n'avais pas au départ.

Un staff de plus en plus large

Quand le pro veut se rapprocher des tout meilleurs, chez les garçons ou les filles, il a tendance désormais à s'entourer de trois ou quatre intervenants pour atteindre ses objectifs. Pas simplement un préparateur physique. S'il y a une évolution qu'on peut noter ces dernières années, depuis 4-5 ans, c'est que des joueurs ont des staff de plus en plus fourni exemple: Andy Murray voyage avec un coach, un adjoint, un kiné, un préparateur physique. Ça se développe d'ailleurs aussi sur le plan tennistique où l'entraineur est de plus en plus secondé par un conseiller, souvent un ancien joueur. C'est la question qu'on posait à Jo-Wilfried Tsonga en lui demandant si il ne devait pas s'en inspirer pour espérer faire mieux que la cinquième place.

Les filles moins en pointe

Cela rejoint le fait qu'il y a encore certaines filles du Top 100 qui ne sont pas irréprochables du point de vue des qualités physiques alors que ce n'est plus le cas chez les hommes. Ce n'est pas parce qu'on s'intéresse moins à elles ou qu'elles sont moins prêtes à le faire. Je me demande si cette différence n'est pas liée aux moyens. Même si les dotations en tournoi se sont équilibrées, sur l'année on ne peut pas comparer le prize money d'un joueur classé 80ème avec celui d'une femme classée à la même place. Les garçons ont l'avantage sur le plan médiatique, avec tous les contrats de sponsoring, les pubs. Du coup les joueuses ont beaucoup moins de moyens mis à disposition que les joueurs, ce qui explique la différence. Même si c'est de moins en moins le cas, en observant certaines joueuses du Top 100 on aura l'impression qu'elle ne sont pas très athlétiques alors que sur le circuit masculin parmi les 100 premiers ce n'est pas le cas, ou alors ils chutent très vite à l'inverse de joueuses qui parviennent à se maintenir malgré leur léger surpoids.

Quand le physique prend trop de place

Tous les joueurs de tennis ont besoin d'un préparateur physique, mais chez certains ce besoin est plus prononcé. Plusieurs joueurs en font leur ligne de conduite principale. Arnaud Clément le disait « quand je me sens bien physiquement, tout le reste en découle »; certains considèrent que c'est le nerf de la guerre, et que s'ils ne sentent pas ultra performants dans ce domaine ils ne vont pas se sentir bons sur le court. Et ce n'est pas tout le monde qui tient ce discours-là. Du coup il y a des joueurs pour qui la préparation physique prend une importance particulière, parfois démesurée. Cela devient obsessionnel. Le tennisman a l'impression que s'il ne fait pas ces deux ou trois petites choses dans la semaine, ce n'est pas bien. Ça peut devenir à double tranchant, parfois c'est un peu trop. Mais c'est un peu le quotidien des joueurs de haut niveau, comme ils s'entrainent tous les jours, ils créent des espèces de rituels qui les rassurent mais parfois ce rituel devient presque plus une limite qu'autre chose. Le joueur a l'impression que s'il n'a pas fait ses 20 minutes de vitesse, ça va mal se passer. Celui-là on devrait lui conseiller de lâcher du lest mais ce n'est pas toujours possible car ils ne vont pas se sentir bien.